Enjeux, solutions et évaluation des effets hydrologiques
Ce rapport de recherche, réalisé par Zoé Reverdy, Sabine Girard, Nadia Carluer et Samuel Pinjon (INRAE), propose une synthèse approfondie des connaissances actuelles sur les mesures visant à ralentir et conserver l’eau dans les petits bassins versants ruraux, dans une perspective d’adaptation au changement climatique et de réduction des aléas hydrométéorologiques.
À l’interface entre recherche scientifique et action territoriale, ce travail éclaire les conditions dans lesquelles les paysages et les sols peuvent retrouver leur rôle clé dans la régulation du cycle de l’eau.
Les têtes de bassin versant face aux déséquilibres hydriques
Les petits bassins versants ruraux sont aujourd’hui particulièrement exposés aux effets du dérèglement climatique :
érosion des sols, ruissellement intense, inondations rapides, sécheresses agricoles et hydrologiques, stress hydrique des forêts, baisse de la disponibilité en eau pour les écosystèmes aquatiques et terrestres.
Ces phénomènes, déjà observables, tendent à s’intensifier avec l’augmentation de la fréquence et de la sévérité des événements extrêmes. Dans ce contexte, la restauration de la capacité des sols et des paysages à ralentir, infiltrer et stocker l’eau apparaît comme un levier majeur de résilience territoriale.
Différentes approches pour régénérer les cycles de l’eau
Le rapport analyse un ensemble de pratiques regroupées sous différentes appellations :
Solutions fondées sur la Nature (SfN), Mesures Naturelles de Rétention d’Eau (MNRE) ou encore hydrologie régénérative.
Ces approches mobilisent des savoirs issus de :
- l’agroécologie et l’agriculture de conservation,
- le génie écologique et végétal,
- la gestion intégrée des eaux pluviales,
- le rainwater harvesting,
- l’aménagement paysager à petite échelle.
Les mesures identifiées visent toutes à ralentir le ruissellement et favoriser l’infiltration, et se répartissent en trois grandes catégories :
- Pratiques agricoles et forestières conservatrices (couverts végétaux, réduction du travail du sol, cultures diversifiées, drainage adapté, travail en courbes de niveau) ;
- Restauration ou création de milieux naturels et semi-naturels (prairies, haies, zones humides, forêts) ;
- Aménagements légers du paysage (fossés, dépressions, mini-retenues, terrasses).
Évaluer les effets hydrologiques : acquis et limites actuelles
Issu d’un stage de recherche de cinq mois, ce rapport s’appuie sur une analyse bibliographique approfondie (publications scientifiques et littérature grise) ainsi qu’une une douzaine d’entretiens semi-directifs menés auprès d’experts scientifiques et techniques.
Il met en évidence que les effets hydrologiques locaux de ces pratiques sont relativement bien documentés, bien que fortement dépendants des contextes climatiques, pédologiques et paysagers. En revanche, leur efficacité à l’échelle du bassin versant reste encore peu étudiée, notamment en raison :
- du manque de suivis instrumentés à long terme,
- de la complexité des interactions hydrologiques,
- des limites des modèles numériques actuels.
Les auteurs soulignent ainsi la nécessité de recherches pluridisciplinaires, contextualisées et rigoureuses, afin d’éviter les simplifications et les surestimations des effets de ces approches.
En apportant un regard critique et structuré sur les connaissances existantes, ce rapport contribue à poser des bases solides pour le déploiement, l’évaluation et la montée en échelle des pratiques de ralentissement et de rétention de l’eau dans les territoires.
